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Syndicat National de l’Administration Scolaire Universitaire et des Bibliothèques - Fédération Syndicale Unitaire


Accueil du site > Le SNASUB | Bibliothèques | 2 octobre 2009

Quelle politique de numérisation pour les bibliothèques ?

Le 18 août, le Directeur des collections de la BnF annonçait que des contacts étaient en cours entre l’établissement et Google en vue de numériser une partie de ses collections imprimées. Alors que la Bibliothèque municipale de Lyon a déjà signé un contrat avec le géant américain, cette annonce de la BnF, forte d’une collection de plus de 10 millions d’imprimés, traduit l’absence de réelle politique nationale de numérisation.

Une politique de numérisation sans réels moyens.

En 2005, le président Jeanneney entendait contrer l’offensive menée par Google via son projet Google books en promouvant l’idée d’une bibliothèque numérique européenne qui allait prendre forme en 2008 avec le lancement d’Europeana. Cependant, et faute de réelle implication budgétaire des états participant au projet, seulement 1% des fonds des bibliothèques nationales européennes a été numérisé… La BnF consacre tous les ans 7 millions d’euros à la numérisation de ses collections. Si ce budget est important comparé à celui de ses homologues européennes, il est bien insuffisant pour répondre aux enjeux culturels et scientifiques de numérisation et de diffusion du patrimoine écrit, surtout s’il s’agit de concurrencer une entreprise aussi puissante que Google qui a pu numériser 10 millions de livres en cinq ans en proposant aux bibliothèques une prestation gratuite …

Quel accès au patrimoine numérique ?

Le rapprochement de la BnF et de Google est un revirement stratégique significatif. Non seulement, Google entend organiser le transfert des droits des oeuvres épuisées et orphelines dans le but de créer une librairie en ligne et de concurrencer des entreprises telles qu’Amazon. Mais pire, Google entend s’arroger l’exclusivité de l’indexation des oeuvres numérisées, renforçant ainsi son contrôle sur l’accès à l’information et au savoir, en contradiction totale avec les missions des bibliothèques. Nous sommes loin des missions de conservation, de valorisation et diffusion du patrimoine dévolues à la BnF. La bibliothèque numérique de Google n’est pas l’avenir de la démocratisation culturelle, encore moins un pas en avant dans la libre circulation du savoir, mais son rabaissement à des enjeux purement économiques.

Renforcer le service public.

Faut-il renoncer, faute de budgets à la hauteur, à l’idée d’une bibliothèque numérique permettant l’accès de tous à un patrimoine encyclopédique ? Nous ne le pensons pas et sommes persuadés qu’une telle ambition ne peut être réalisée que sous l’égide du service public qui, au contraire des « partenariats public-privé », est seul à même de garantir de manière indépendante un accès pluraliste, démocratique et pérenne au savoir. Quant à la question des moyens nécessaire à sa mise en oeuvre, elle relève aussi d’un choix politique : que pèsent les 80 millions d’euros nécessaires à la numérisation des collections de la IIIème République face aux 22 milliards d’euros consentis par le gouvernement au patronat avec la suppression de la taxe professionnelle ou aux 15 milliards d’euros du bouclier fiscal ? Faut-il laisser les bibliothèques isolées face à Google, quand la disparition de la direction du livre et de la lecture du ministère de la Culture et de la sous-direction des bibliothèques et de l’information scientifique du ministère de l’Enseignement supérieur marque l’achèvement d’un processus de renoncement à toute politique nationale en faveur de la lecture publique ? Nous pensons au contraire que contrer Google commande une réponse globale qui passe nécessairement par l’élaboration d’une loi sur les bibliothèques, le rétablissement du Conseil supérieur des bibliothèques, la création d’une direction nationale interministérielle des bibliothèques chargée d’une véritable politique nationale en matière de documentation, de conservation, de numérisation et de lecture publique. Ces revendications nécessitent la mise en place un plan pluriannuel de développement des bibliothèques.

Faut-il avoir peur de Google ? Cette question, maintes fois posée à l’occasion de la polémique suscitée par l’annonce de la BnF ne permet pas de rendre compte des conséquences des choix qui seront faits dans les semaines à venir. La question centrale est plutôt de savoir si le service public se verra doté des outils nécessaires pour résister à la marchandisation du savoir. C’est dans ce cadre que le SNASUB réaffirmera son engagement pour un service public de la lecture et du patrimoine.

Cédric Dameron